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Le Dépotoir

En 1986, pour trois comédiens, j’écris Le Dépotoir, qui met en scène un jeune boxeur et son manager dans un étrange endroit…

Ils ne l’ont finalement pas retenue, sans doute à cause de son format (elle dure une heure environ). Mais c’est après avoir lu cette pièce que la réalisatrise de la série TV "Goal" de France 2 m’a confié l’écriture d’un premier épisode.

Les personnages

Paul, le boxeur
Raymond, l’entraîneur
Bernard, l’ami

Le décor

La scène représente une pièce vide avec juste des matelas, des chaises, une table, un réchaud et un punching-ball.

Le début de la pièce

Paul, jeune boxeur en tenue (gants, short et chaussures) s’entraîne au punching-ball sous les conseils de Raymond, son entraîneur (la quarantaine, costume clair, cravate voyante, col déboutonné).

Raymond — Ta droite, voilà, c’est bon. Surveille ta droite. Allez, ta gauche, OK. Ta droite. Ta droite, bon Dieu ! Ta droite, j’te dis. C’est pas possible, t’es dyslexique ou merde ?

Paul — J’suis quoi ?!

Raymond — Rien. Bon. Allez, ça suffit pour aujourd’hui.

Paul parcourt la scène au pas de gymnastique puis va s’asseoir sur la chaise du milieu tandis que Raymond prend une serviette. Raymond s’approche de Paul et essuie son torse ruisselant de sueur.

Paul (encore excité, agitant les jambes) — J’le sens là. J’le sens bien. Putain ! J’vais en faire qu’une bouchée.

Raymond — Faut que tu travailles ta droite.

Paul — Oui. Faut que j’travaille ma droite.

Raymond — C’est ton point faible. Et il le sait.

Paul — Il le sait... Ma droite... J’prendrais bien une douche !

Raymond — Y’en a pas (Il lui passe la serviette autour du cou). On reprend.

Paul — On reprend.

Raymond — Tu l’as rencontrée quand ?

Paul — Le 15 mars.

Raymond — Non ! Le 16.

Paul — C’est ça : le 16.

Raymond — C’est moi qui l’ai rencontrée le 15 mars.

Paul — Ah, oui ! C’est toi. Moi c’est le 16. Pas le 15, le 16. Le lendemain.

Raymond — Mais non, pas le lendemain. C’était deux ans avant.

Paul — OK. Le 16 mars, deux ans après.

Raymond — Bon. A quelle heure ?

Paul — Le soir.

Raymond — Pas assez précis. A quelle heure ?

Paul — J’sais pas, moi, c’était le soir.

Raymond — Paul, je t’en supplie, fais un effort. C’est pas possible. On n’y arrivera jamais si tu continues comme ça.

Paul — Ym’ faut ma douche !

Raymond — Y’en a pas, j’t’ai déjà dit.

Paul (doucement, avec regret) — Ma douche...

Raymond — Bon. On continue. Et essaie de réfléchir un peu avant de répondre, Des questions précises appellent des réponses précises.

Paul — OK. Des questions précises. Des réponses précises.

Raymond — Où tu l’as rencontrée ?

Paul — 55, boulevard Richard Lenoir, dans le 11 ème arrondissement. 4ème étage, 2ème porte à gauche en sortant de l’ascenseur.

Raymond — L’ascenseur était en panne.

Paul — C’était quand même la 2ème porte à gauche en sortant de l’ascenseur. Tu veux des réponses précises, oui ou merde !

Raymond — T’énerve pas. Garde ton influx.

Paul — J’m’énerve pas. J’garde mon influx. Mon influx. C’t’espèce de face de gorille, j’vais l’écrabouiller.

Raymond — Mais oui, Paul, tu vas l’écrabouiller. Au bout de combien de temps tu l’a sautée ?

Paul — Deux heures.

Raymond (lui serrant violemment les épaules) — Hier, tu m’as dit deux jours !

Paul — C’était pas vrai.

Raymond — Paul, c’est plus possible. On arrivera à rien. Tu joues pas le jeu.

Paul — C’est pas facile.

Raymond — Je sais, c’est pas facile. Mais tu dois faire un effort, Paul. Tu dois te concentrer.

Paul — Je suis concentré.

Raymond — Oui... mais, tu dis pas la vérité. Tu m’as dit, hier, que tu l’avais sautée deux jours après. Et tu me dis que tu l’a sautée deux heures après. Qu’est-ce que je dois croire, moi ?

Paul — C’que j’dis aujourd’hui.

Raymond — Et demain, qu’est-ce que tu me diras ?

Paul — Demain, on sera plus là.

Raymond — Ça tient qu’à toi.

Paul — J’veux m’l’écrabouiller, c’te face de gorille.

Raymond — Alors faut répondre aux questions.

Paul — Questions précises, réponses précises. (Il se lève d’un bond) A moi.

Raymond — On n’a pas fini.

Paul — Ça fait dix mille fois que je raconte la même histoire.

Raymond — Tu dis jamais la même chose !

Paul — C’est pour varier les plaisirs.

Raymond — Pauvre cloche, j’t’ai déjà dit cent fois qu’on restera ici tant qu’on aura pas compris pourquoi elle nous a largués. Mais qu’est-ce que t’as donc dans la tête ? Fais-les marcher un peu tes deux neurones.

D’un mouvement violent, Paul repousse Raymond qui va tomber sur un des matelas. Paul retourne au punching-ball et tape dessus.

(...)

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